Institutions politiques en Afghanistan
Depuis la prise de Kaboul le 15 août 2021, l'Afghanistan est dirigé par les talibans, qui ont rétabli l'Emirat islamique d'Afghanistan proclamé une première fois en 1996. L'organisation du pouvoir repose sur l'autorité d'un émir, sur un gouvernement présenté comme intérimaire et sur une référence directe à la charia. Aucun texte constitutionnel n'a été adopté et aucune élection n'a été organisée depuis lors.
Emirat islamique et absence de constitution
La Constitution de 2004 a cessé d'être appliquée après août 2021. Les autorités de fait indiquent se référer à la charia selon la lecture hanafite, complétée par les décrets de l'émir et par des règlements ministériels. Des responsables talibans ont évoqué à plusieurs reprises la préparation d'un cadre juridique, sans qu'aucun texte fondamental ne soit entré en vigueur à ce jour. L'ordre juridique repose donc sur une accumulation de décisions administratives et judiciaires plutôt que sur une norme écrite unique.
Emir et centre de décision de Kandahar
Hibatullah Akhundzada, dirigeant du mouvement depuis 2016, porte le titre de commandeur des croyants. Il réside à Kandahar, d'où émanent les principaux décrets, et n'apparaît que très rarement en public. Cette configuration place le centre réel de la décision loin des ministères installés à Kaboul. La Cour pénale internationale a émis en juillet 2025 des mandats d'arrêt contre lui et contre le président de la Cour suprême, Abdul Hakim Haqqani, pour crimes contre l'humanité fondés sur le genre.
Gouvernement intérimaire
Le cabinet formé en septembre 2021 a pour chef Mohammad Hassan Akhund, premier ministre par intérim assisté de plusieurs adjoints. Amir Khan Muttaqi occupe les affaires étrangères et Sirajuddin Haqqani l'intérieur. Aucune femme n'y siège, et le ministère des Affaires féminines a été supprimé au profit d'un ministère de la Promotion de la vertu et de la Répression du vice. Les postes reviennent très majoritairement à des cadres du mouvement, ce qui a nourri les critiques sur l'absence de l'ouverture annoncée en 2021.
Justice et administration provinciale
Les tribunaux appliquent une justice fondée sur l'interprétation talibane de la charia, avec un recours assumé aux châtiments corporels publics et à la peine capitale. Le rapport mondial 2026 de Human Rights Watch, qui reprend les décomptes de la mission des Nations unies, fait état de 414 flagellations publiques et d'au moins quatre exécutions publiques sur la période couverte. Les trente-quatre provinces sont administrées par des gouverneurs nommés depuis le sommet de l'Emirat, sans conseil élu.
Question de la reconnaissance
La Russie demeure le seul Etat à avoir reconnu formellement l'Emirat, le 3 juillet 2025. Le siège de l'Afghanistan aux Nations unies n'a pas été attribué aux autorités de fait, l'ambassadeur nommé par l'ancienne République restant accrédité. Plusieurs Etats entretiennent néanmoins des relations de travail avec Kaboul et ont accepté des diplomates talibans, sans franchir le pas de la reconnaissance.